Pétrole : une entreprise chinoise impliquée dans un conflit entre le Bénin et le Niger

0:00

Une situation conflictuelle a lieu depuis le jeudi 6 juin 2024 entre le Bénin et le Mali sont l’un des protagonistes évoque l’implication d’une entité chinoise.

La West African Oil Pipeline Company (WAPCO), une filiale de la China National Petroleum Corporation (CNPC), la société nationale du pétrole de Chine, qui exploite et transporte le brut nigérien, le Méleck, à travers plusieurs filiales locales a été citée dans une affaire qui brouille les relations entre le Bénin et la Chine.

En effet, une délégation nigérienne a été mise aux arrêts, le mercredi 5 juin 2024, sur la plate-forme pétrolière béninoise de Sèmè-Kpodji, alors qu’elle y était pour un contrôle des opérations de chargement. Informées, les autorités nigériennes ont fermé les vannes de la station de Koulélé, près de N’Gourti, qui alimente l’oléoduc acheminant son pétrole brut jusqu’à la plateforme béninoise de Sèmè-Kpodji, a appris Mondafrique de source gouvernementale.

Le ministre du Pétrole, Barké Bako Mahaman Moustapha avait rendu publique cette décision au cours d’un point de presse le même jour, faisant suite à l’arrestation la veille.

«Le chef de l’État nous a donné des instructions fermes. Si à 17h00 aujourd’hui, nos équipes ne sont pas libres de leurs mouvements (…) nous allons arrêter la station initiale de Koulélé. (…) Nous n’allons plus envoyer notre pétrole dans le pipeline jusqu’à ce que les Béninois décident de respecter leur engagement et jusqu’à ce que le partenaire chinois les amène à respecter leur engagement, parce que, apparemment, c’est la seule partie qu’ils écoutent », avait déclaré le ministre.

Apparemment, cette situation est la deuxième du genre. Ce nouvel imbroglio nigéro-béninois s’est produit lors du chargement du deuxième tanker de brut nigérien, après un premier chargement débloqué in extremis par le Président béninois Patrice Talon après la visite du patron chinois de la holding partenaire des deux pays : la West African Oil Pipeline Company (WAPCO).

Les accords signés en 2019 entre le Niger, le Bénin et la Chine prévoient les conditions d’acheminement du pétrole à travers l’oléoduc de 2000 km qui permet d’exporter le brut sur les marchés internationaux. En vertu de ces accords, les autorités nigériennes doivent pouvoir accéder au compteur du terminal de WAPCO Bénin pour contrôler les chargements.

Des tensions persistantes

La tension persiste entre les deux pays voisins. La frontière reste fermée du côté nigérien, malgré la levée des sanctions internationales qui ont placé, pendant six mois, le Niger sous blocus total à partir du Bénin.

Niamey reproche à Cotonou d’accueillir des soldats français dans son septentrion. Et Cotonou exige la réouverture de sa frontière pour pouvoir reprendre ses lucratives opérations commerciales vers le Niger et les États du nord du Nigeria.

Dans un communiqué publié jeudi, le procureur spécial près la cour de répression des infractions économiques et du terrorisme de Cotonou, Elonm Mario Metonou, a confirmé l’arrestation de la délégation de la WAPCO-Niger, l’accusant de s’être introduite frauduleusement sur le site de la station terminale. « Cinq ressortissants nigériens se sont introduits sur le site sans décliner leur identité. Au lieu d’emprunter l’entrée principale et de s’enregistrer à la guérite, ces personnes ont préféré utiliser une entrée dérobée. Dans cette manoeuvre, elles ont bénéficié de la complicité de l’administrateur général de WAPCO-Bénin. »

Des accusations mutuelles

Le procureur spécial a accusé deux des membres de la délégation d’être des « agents nigériens au service du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) » s’étant « fait confectionner pour la circonstance de faux badges d’employés de WAPCO Niger » dans un contexte de menace « contre la sûreté de l’Etat du Bénin. »

Le ministre nigérien du Pétrole a répondu le même jour dans un point de presse que la WAPCO avait été la courroie de transmission entre le Niger et les autorités béninoises, comme lors de la récente venue à Niamey du ministre béninois de l’Énergie, des Mines et de l’Eau. Il a précisé que Cotonou avait tenté de convaincre le Niger de renoncer à son droit de contrôle des chargements et de le déléguer à la Chine, ce que le Niger a refusé, acceptant finalement « que cette opération soit menée par WAPCO Niger et Bénin ». Mais WAPCO Bénin ne disposant pas d’inspecteurs pétroliers, « nous leur avons dit que nous allions temporairement mettre à leur disposition deux inspecteurs de chez nous. » Ils ont été arrêtés alors que les opérations de mesurage et de contrôle des échantillons avaient commencé, a indiqué le ministre.

Brice ZADI

Journaliste

fr_FRFrench
Enable Notifications OK No thanks